RencontreProjectionPerformance

Mercredi

28 février

18h > 22h30

Les grands Rendez-Vous #2

Langue, Psyché et Violence

Art contemporain

La Colonie organise, le 28 Février 2018, sa deuxième édition
de ses grands rendez-vous autour des rapports entre
LANGUE, PSYCHE, et VIOLENCE.

Nos rapports individuels et collectifs à la langue et au savoir sont loin d’être simples et immuables. Ils sont façonnés par des mécanismes légitimant différents types de dominations. La langue, de par sa construction historique, est utilisée comme véhicule de dominations diverses : raciales, de genres, de classe, etc. Ceci transparait en particulier dans les périodes de décolonisation et de révolutions économiques, sociales ou culturelles où les rapports de force sont chamboulés.

A travers trois cas distincts : l’orientalisme slave, les mécanismes de régulation de la langue et le domaine de la psychiatrie dans un Sénégal postcolonial, la soirée organisée par la Colonie cherche à mettre en relief et à décortiquer ces imbrications de violences qui s’exercent sur nos psychés individuelles et collectives. Quelles négociations sont alors possibles ?

 

PROGRAMME

 

18h : I Utter Other (Je prononce autre)

Conférence-Performée du collectif Slavs and Tatars (en français)


Que signifie pour un Orient, le fait de se tourner vers et d’en observer un autre ? Le romancé peut-il romancer ? Des polonais au service du Tsar en passant par les presbytériens perses, la performance I Utter Other s'intéresse au curieux cas de l'orientalisme slave dans l'Empire russe et aux débuts de l’URSS, ainsi qu'à ses origines allemandes.

En offrant un contrepoint essentiel à la sagesse héritée de l'orientalisme saïdien, l'étude de l'Orient en Orient complique les notions de politique identitaire, du savoir au service du pouvoir et les questions entourant la laïcisation de l’enseignement et de la recherche, dans le but de présenter une critique post-coloniale cohérente.

I Utter Other a déjà été présentée au Guggenheim, NY ; à Haus der Kulturen der Welt, Berlin ; et à Asia Art Archive, Hong Kong, entre autres.

Elle est ici pour la première fois performée à Paris, et en français.

19h : La langue, reflet et outil des dominations
Interventions de Marine Roussillon, Mathias Verger et Nisrine Al Zahre.

Comment la langue est-elle constituée comme instrument de discipline à l’encontre d’un individu ou de groupes d’individus ? Quelles négociations peuvent alors s'opérer ? Quels rapports de force envisager lorsque le code de communication (la langue) est lui-même outil de domination ?

Marine Roussillon abordera la façon dont s’est opérée la masculinisation de la langue française au fil des siècles pour exclure et restreindre le champ d’action des femmes. Mathias Verger introduira le concept de langue maternelle et la violence qu’une telle notion peut engendrer. Enfin, Nisrine Al Zahre traitera du rapport ambigu que peuvent avoir les réfugiés avec la langue française : langue d’accueil mais aussi langue de l’administration et rappel quotidien de leur statut. 

Les interventions seront suivies d’une discussion avec le public.

21h : La psychiatrie au Sénégal : entre culture autochtone et imaginaire colonial
ProjectionCe qu’il reste de la folie de Joris Lachaise, 2014 (2ème étage)

C’est à l’hôpital psychiatrique de Thiaroye dans la proche banlieue de Dakar, que nous introduit la caméra de Joris Lachaise, en compagnie de l’écrivaine et cinéaste Khady Silla. À travers son expérience vécue de la maladie mentale et de ses traitements, le film cherche à explorer une histoire récente du Sénégal : l’indépendance du pays et la décolonisation de la psychiatrie.

 

BIOGRAPHIES

Slavs and Tatars est un collectif d’artistes dont le travail se focalise sur la zone située à l'est de l'ancien mur de Berlin et à l'ouest de la Grande Muraille de Chine connue sous le nom d'Eurasie. La pratique du collectif repose sur trois activités : des expositions, publications et conférences-performées. Leur travail a fait l’objet d’expositions individuelles au MoMA, NY (2012) ; à Salt, Istanbul (2017) ; au Kunsthalle Zurich (2014) ; au Vienna Secession (2012) et au Ujazdowski Centre for Contemporary Art, Varsovie (2016), etc. Leur travail a aussi été exposé dans de nombreuses expositions collectives, à la Tate Modern (2011), au Centre Pompidou (2013) et lors de la 10ème biennale de Sharjah, de la 8ème biennale de Berlin et de la 9ème biennale de Gwangju. Slavs and Tatars ont publié plus d'une demi-douzaine de livres, y compris une traduction de l'hebdomadaire azéri satirique « Molla Nasreddin ». Une première monographie, Mouth to Mouth, portant sur leur travail a été publiée par König Books.

Marine Roussillon est maîtresse de conférences en littérature française à l’Université d’Artois. Ancienne élève de l’ENS et agrégée de lettres modernes, elle a obtenu son doctorat en 2011 de l’Université Paris 3 avec une thèse intitulée Plaisir et pouvoir. Usages des récits chevaleresques à l'âge classique (1600-1750) sous la direction d’Alain Viala. Ses thèmes principaux de recherche portent sur les usages politiques des lettres et des arts.

Mathias Verger est maître de conférence à l’Université Paris 8. Il a obtenu son doctorat en 2013 avec une thèse intitulée La haine de la langue maternelle. Une lecture de James Joyce, Jean Genet, Thomas Bernhard sous la direction de Tiphaine Samoyault.

Nisrine Al Zahre a obtenu son doctorat en sciences du langage en 2003, à l’Université de Paris 8, sous la direction de Jean-Yves Pollock. Sa thèse de doctorat porte sur des aspects de la morphosyntaxe de l’arabe en général et l’arabe dialectal syrien. Elle a enseigné à l’Université de Homs et à l’Université de Damas la linguistique, la sociolinguistique, le FLE et la traduction. En octobre 2016, elle a été recrutée à l’EHESS et l’ENS dans le cadre du programme « étudiants exilés », en tant que maître de langue. À l’EHESS, elle est co-organisatrice du séminaire « Sciences sociales et conflit(s) en Syrie : enjeux épistémologiques, méthodologiques et éthiques ».

Joris Lachaise vit et travaille à Marseille. Après une maîtrise en philosophie, il décide de mettre sa caméra à l'épreuve du Réel et d’enregistrer le mouvement tectonique des cultures, la réinvention de techniques mémorielles et de transmission, les changements de paradigmes de nos sociétés et de nos institutions, l’apparition de nouvelles formes de désir politique. Directeur de la photographie sur le dernier film de Khady et Mariam Sylla, Une simple parole (2013), il a fondé en 2016 avec trois associés la société de production Mujô à Marseille. Il a réalisé deux films en Afrique de l’ouest, autour de gestes et de paroles découlant de la prise de conscience d'une double forme d’aliénation, mentale et coloniale : Convention : Mur noir / Trous blancs (Mali, 2011) et Ce qu’il reste de la folie (Sénégal, 2014).

Image : I Utter Other, Slavs and Tatars